Six adultes, un catamaran réservé au Marin pour dix jours et un objectif écrit en gros dans la conversation de groupe : les Tobago Cays. Deux des six n’ont jamais dormi à bord d’un bateau, l’avion atterrit en milieu d’après-midi et la prise en main du catamaran est prévue le soir même. Sur le papier, le planning tient. En réalité, c’est le scénario qui gâche le plus souvent les premiers jours d’une croisière vers les Grenadines.
La question se pose à chaque équipage qui part de Martinique : embarquer dès l’arrivée et tout vivre depuis le bord, ou s’accorder deux ou trois nuits à terre avant de larguer les amarres. Les deux options se défendent. Elles ne conviennent simplement pas aux mêmes groupes.
Le trajet, sans l’enjoliver
Depuis Le Marin, la route du sud enchaîne deux bras de mer ouverts avant d’atteindre les Grenadines : le canal de Sainte-Lucie, puis celui qui sépare Sainte-Lucie de Saint-Vincent. Entre les îles, l’alizé s’accélère et la mer se creuse. Ce sont les passages les plus physiques du voyage, et ils arrivent dès les premiers jours. Viennent ensuite Bequia, juste au sud de Saint-Vincent, puis Mustique, Canouan, Mayreau, les Tobago Cays et Union Island.
Le retour vers le nord se fait souvent plus près du vent qu’à l’aller, surtout quand l’alizé s’installe à l’est-nord-est. Il faut aussi compter avec les formalités. Sainte-Lucie et Saint-Vincent-et-les-Grenadines sont deux États distincts, chacun avec ses procédures d’entrée et de sortie, et Carriacou, plus au sud, dépend de la Grenade. Pour les ressortissants français, le passeport est obligatoire : la carte d’identité, qui suffit en Martinique, ne permet pas d’entrer à Sainte-Lucie ni à Saint-Vincent.
Tout vivre depuis le bord : ce que l’on gagne vraiment
L’option « bateau d’un bout à l’autre » a des arguments sérieux. Le budget se concentre sur la location du voilier, la logistique reste simple, et pour un équipage aguerri, quitter le ponton dès le premier matin fait partie du plaisir. Chaque jour passé à terre est un jour de moins dans les Grenadines, et la route est longue.
Ce choix suppose pourtant des conditions rarement réunies : un groupe qui a déjà vécu plusieurs jours en mer, un vol qui arrive tôt et une météo clémente pour le premier canal. Qu’une seule manque, et la première traversée se fait fatigué, avec un ou deux équipiers malades et un avitaillement bâclé la veille au soir dans le supermarché le plus proche du port.
Pourquoi nous préférons les nuits à terre avant le départ
Deux ou trois nuits dans une maison proche du port changent la donne, et c’est l’option que nous conseillons dès qu’il y a des novices à bord. Le décalage horaire se digère au calme. L’avitaillement se fait sans courir, avec le temps de passer au marché et de comparer les rayons. Surtout, l’équipage embarque reposé et peut saisir la première fenêtre météo favorable pour traverser le canal de Sainte-Lucie, au lieu de perdre la première journée de location à récupérer. La nuit à quai la veille du départ, quand le loueur la propose, est un compromis tentant ; elle évite l’hôtel, mais ne règle ni le décalage horaire ni l’avitaillement, et l’on dort déjà dans la chaleur du port.
Ces quelques jours servent aussi de test. Un équipier qui découvre qu’il supporte mal la houle le dira plus facilement après une sortie d’une journée en mer qu’au troisième soir au mouillage de Bequia, quand faire demi-tour n’est plus une option. Pour la base, mieux vaut rester près du port de départ, au Marin même ou à Sainte-Anne, Sainte-Luce ou Le Vauclin. Des plateformes comme Villaveo classent les maisons par commune, ce qui évite de tomber sur une villa magnifique mais à l’autre bout de l’île, avec les bouchons de Fort-de-France entre elle et le ponton.
Et la fin de la croisière ?
La fin du séjour se pose autrement. Le bateau se rend le plus souvent le matin, alors que les vols vers Paris décollent en général en soirée. Une nuit de plus à terre n’a rien d’indispensable ; une journée de plage suffit à combler l’attente. Si l’on ne peut s’offrir qu’une seule parenthèse à terre, elle a plus d’utilité au début qu’à la fin.
Le retour, en revanche, se planifie à rebours. Remonter depuis Union Island jusqu’au Marin prend plusieurs jours, avec les deux canaux à repasser et les formalités à refaire dans l’autre sens. Un équipage qui veut profiter des Tobago Cays jusqu’au dernier moment finit par forcer la route, parfois de nuit, parfois contre une mer formée. Garder une journée de marge n’a rien de timoré : c’est elle qui permet d’attendre que l’alizé mollisse avant d’attaquer le canal de Sainte-Lucie.
Pour la dernière nuit de la location, visez le mouillage de Sainte-Anne, à l’entrée de la baie du Marin, plutôt que de rentrer d’une traite depuis Sainte-Lucie le dernier jour. La remise du bateau ne demande alors qu’une courte remontée au petit matin, et le plein de gasoil se fait sans regarder la montre.
